Kobudo

Kenjutsu

Le kenjutsu (剣術) est l'étude des techniques d'escrime japonaises. Il fait partie des arts martiaux japonais anciens (bujutsu). L'entraînement se fait à deux, en suivant une série de mouvements codifiés (kata). Il se fait sans protections en utilisant un bokutō (ou bokken), un simulateur de sabre en bois.


Etymologie et Définition

Le caractère 剣 (ken en lecture sino-japonaise) désigne à l’origine une épée droite à double tranchant, caractéristique du Japon ancien et influencée par les modèles chinois. Bien qu’il renvoie historiquement à ce type précis d’arme, il est aussi utilisé dans un sens plus large comme terme générique pour désigner des lames ou des épées en général, y compris dans certains usages modernes ou composés (par exemple dans des noms d’arts martiaux). Ce phénomène est comparable à l’usage, en Europe, du mot « épée » employé de manière générique pour désigner diverses armes blanches, bien que cela ne soit pas toujours exact d’un point de vue technique. Le kanji 剣 peut également se lire tsurugi, lecture japonaise qui désigne plus spécifiquement ces épées droites anciennes.

Le caractère 刀 se lit généralement  (lecture sino-japonaise) et signifie « sabre » ou « lame ». Il peut aussi se lire katana (lecture japonaise). Toutefois, le katana désigne un type de sabre bien précis : une lame courbe, à un seul tranchant, glissée dans la ceinture et portée tranchant vers le haut. Ce sabre se généralise à partir de la fin du Moyen Âge japonais (période Muromachi) et devient emblématique durant la période Edo (1603–1868). Il est principalement utilisé pour le combat à pied et associé au port civil des samouraïs, notamment dans le cadre du daishō (paire de sabres). C'est une arme polyvalente devenue, en temps de paix, un symbole social majeur, tout en conservant un usage réel en combat rapproché et en contexte civil.

Le terme tachi (太刀) est parfois interprété comme « grand sabre », mais il s’agit en réalité d’un nom traditionnel dont l’étymologie n’est pas entièrement certaine, et qui désigne un type spécifique de sabre japonais. Il apparaît avant le katana et reste en usage parallèlement à celui-ci. Le tachi est généralement plus long et plus courbé, adapté à un usage militaire et il est surtout associé au combat à cheval. Il se porte suspendu à la ceinture, en armure, tranchant vers le bas, contrairement au katana. Son style de monture (koshirae) est également distinct et souvent plus ornementé.


Histoire

Les origines du kenjutsu remontent aux périodes anciennes du Japon. Dès la période Heian (794–1185), les premières formes de combat à l’épée apparaissent, influencées par les techniques chinoises et coréennes. L’usage du sabre est alors essentiellement militaire, réservé aux guerriers aristocratiques (bushi), ancêtres des samouraïs.

Pendant la période Kamakura (1185–1333), l’émergence de la classe des samouraïs favorise le développement de techniques de combat rapproché plus structurées. Le sabre y est encore considéré comme une arme de bataille, bien que les arcs (yumi) et les naginata dominent les champs de bataille car ils permettent de maintenir l’adversaire à distance.. Cependant, la nécessité de codifier les gestes et les stratégies devient de plus en plus importante.

À partir de la période Muromachi (1336–1573), les premières codifications systématiques du kenjutsu apparaissent. Les conflits constants entre provinces stimulent l’évolution des stratégies militaires, mettant l’accent sur des armées disciplinées plutôt que sur les prouesses individuelles. Ainsi, l’armement évolue également, la lance (yari), plus adaptée aux formations en rangs serrés, remplace progressivement la naginata sur les champs de bataille et le sabre se trouve relégué à une arme secondaire. Malgré cette évolution, les techniques de combat au sabre se formalisent, et les premières écoles (ryūha), telles que la Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū et la Kashima Shintō-ryū, commencent à codifier les mouvements de coupe, les parades et les déplacements précis. Ces écoles développent des principes fondamentaux tels que la gestion de la distance (maai), le rythme (hyoshi), et l’équilibre du corps.

La période Sengoku (c. 1467–1600), marquée par des guerres civiles incessantes, constitue l’âge d’or des écoles classiques. L’introduction progressive des armes à feu (teppō) modifie en profondeur les stratégies militaires et le rôle des armes traditionnelles. Malgré cela, l’arrivée du katana permet aux techniques de sabre de se spécialiser selon le type de lame et le contexte d’utilisation. Le combat contre un adversaire en armure complète (ō-yoroi ou dō-maru) nécessite de cibler les points vulnérables, tels que la gorge, les aisselles, l’intérieur des cuisses ou les articulations. Le kenjutsu se formalise alors en véritables systèmes d’enseignement, permettant aux guerriers de développer des compétences martiales complètes et adaptées aux situations de combat réelles.

Avec l’avènement du shogunat Tokugawa et la période Edo (1603–1868), le Japon connaît une paix relative qui transforme le kenjutsu. Le sabre devient un symbole de statut social, et le rôle militaire des arts martiaux traditionnels diminue. Les techniques de duel, l’entraînement à la maîtrise du corps et de l’esprit, ainsi que la formalisation des écoles se développent dans un contexte plus civil et codifié. Certaines écoles intègrent le dégainage rapide (battō) dans leur enseignement, combinant les principes du iaijutsu avec le combat actif au sabre. La période Edo voit l’émergence de centaines de styles, chacun avec ses kata et méthodes propres, mais tous visant à transmettre un savoir martial structuré et discipliné.

La Restauration de Meiji (1868) marque un tournant critique pour le kenjutsu. L’abolition du port du sabre dans l’espace public et la modernisation militaire rendent son usage pratique obsolète. De nombreuses écoles traditionnelles disparaissent, tandis que d’autres survivent en tant que discipline culturelle ou historique. Malgré ce recul, certaines traditions (koryū) continuent d’enseigner les techniques de combat au sabre, souvent dans le cadre d’un apprentissage codifié et ritualisé.

Au XXe siècle, le kenjutsu sert de base au développement du kendo, forme sportive moderne du maniement du sabre. Le kenjutsu traditionnel, quant à lui, se centre sur les kata et l’enseignement des écoles classiques, permettant de préserver le savoir ancien.


Outil

Le bokutō (木刀 - sabre en bois) est l'outil d'entraînement du kenjutsu. Ce terme est surtout employé au Japon. Dans les pays occidentaux on appelle généralement cet outil bokken (木剣 - épée en bois). Des sabres en bois de diverses dimensions et caractéristiques existent. Chaque koryū recommande son propre outil. Les dimensions peuvent varier selon les lignées et les fabricants, mais le bokutō des lignées de Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū  les plus actuelles a les caractéristiques suivantes:

  • Longueur totale: 97 cm (dont 67 cm pour la lame et 27 cm pour la poignée)
  • Diamètre de la poignée: 38 x 26 mm
  • Type de courbure: koshi zori (courbure proche de la poignée)
  • Courbure: 6 mm
  • Matériau: chêne ou bois de biwa
  • Dos de la lame: hiramine (dos plat)
  • Forme du pommeau: taira (pommeau plat)
  • Pointe; kantogata (biseauté)
  • Garde: tsubanashi (sans garde)
  • Gorge: bo-hi (sans gorge)

Il en résulte un sabre plutôt court comparé aux autres écoles, avec pourtant une poignée plus longue. A titre personnel, je recommande un sabre plus long. En effet, utiliser un sabre aussi court était peut-être adéquat pour des Japonais du milieu du XXe siècle ou d'avant, mais il peut sembler court pour des pratiquants modernes de grande taille. Un sabre aussi court vous obligerait à prendre des postures plus compactes, alors que la Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū recommande des postures plutôt basses et larges.

Tel que décrit, le bokutō devrait peser entre 550 et 650 grammes. Il en résulte une arme relativement massive, plus lourde que dans de nombreuses autres écoles. Selon moi, il est important de s'entraîner avec un sabre lourd. Il permet de former la musculature et de préparer le corps à l'utilisation d'un sabre véritable. Il est à noter que le poids d'un sabre véritable se situe entre 900 g et 1.2 kg. Il est donc bien plus lourd que son équivalent en bois. Toutefois, son centre de gravité étant plus prêt de la poignée, il est mieux équilibré et atténue grandement cette différence de masse.

Concernant l'essence de poids à utiliser, le chêne blanc ou le chêne rouge japonais est le plus courant, le plus recommandé. En raison de la pénurie de bois au Japon, le véritable chêne blanc du Japon est devenu plus rare et plus coûteux. Mais certains fabricants n'hésite pas à utiliser du chêne blanc d'autres origines, à la qualité moindre, et à le vendre au prix du véritable chêne blanc du Japon. Ainsi, il est préférable de s'orienter vers du chêne rouge. Ses caractéristiques sont à peine moins bonnes que celles du chêne blanc, mais à un prix bien plus raisonnable. Concernant le biwa (néflier du Japon), le véritable néflier du Japon (hon biwa) est devenu extrêment cher, pratiquement inabordable. Ainsi, sous l'appelation biwa sont vendu d'autres essences de bois, aux caractéristiques proches. On peut évidemment utiliser d'autres essences de bois, notamment européennes, pour avoir un bon bokutō ! Mais il faut garder à l'esprit que le bois doit être résilient, afin d'encaisser les chocs d'un entraînement avec contact, et plutôt massif pour préserver des sensations proches d'une arme véritable.

La courbure du sabre de Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū donne une arme très plate, presque droite. Ces caractéristiques, avec la longueur relativement courte, peut évoquer des formes de sabres plus récents (fin de la période Edo), et en font une arme qui permet un dégainage rapide et une coupe directe, adaptée à la défense personnelle. Pour l'entraînement au kenjutsu, ce n'est pas la caractérique la plus essentielle.

Comme dans la plupart des koryū, l'entraînement de kenjutsu se fait avec un sabre sans garde. L'entraînement est souvent interprété comme plus punitif et il est vrai qu'on se prend facilement un coup sur les doigts si on effectue une mauvaise défense. Mais je pense surtout qu'il s'agit d'un respect de la tradition. Pour cette raison, je recommande fortement l'entraînement sans garde.

La pointe biseautée permet peut-être d'effectuer les frappes d'estoc de manière plus sécurisée, mais je n'en suis pas convaincu. Elle permet sans doute d'ajouter un peu de poids à la lame. Par contre, il m'est arrivé de voir des armes se fendre suite à un contact entre pointes biseautées. Ainsi, j'ai tendance à recommander une pointe classique (sho kissaki).

Les autres caractéristiques sont mineures. Je déconseillerais fortement la présence d'une gorge dans son bokutō, celle-ci allégerait trop la lame, ce qui va totalement à l'encontre de l'objectif recherché. Concernant le dos de la lame et le pommeau, ils sont anecdotiques. Mais ils donnent à l'arme une forme plus robuste, éventuellement primaire.

Au final, le plus important est d'avoir un outil d'entraînement adapté à sa morphologie ! C'est pourquoi je conseille d'utiliser une arme plus longue. Aussi, bien qu'il est recommandé d'avoir une arme lourde, si vos articulations ne vous permettent pas de vous en servir, prenez un outil plus léger ! Et pour le reste, il s'agit de choix principalement cosmétiques.

Recherche